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La Ferme des Mangettes
La première construction est
une belle ferme bressane appelée Ferme des Mangettes, du nom d'un hameau
du village dans lequel elle était située. Bâtiment d’habitation,
elle appartenait au domaine agricole de Teyssonge, constitué par divers
achats des Hospices de Bourg-en-Bresse et qui comprenait au début du
18ème siècle une ferme et des terrains. Le propriétaire
en était le " laboureur " Philibert Terrier jusqu'à
sa mort en 1715. Le premier document en notre possession remonte au 5 septembre
1715, date de la vente aux enchères dudit Domaine (une " subhastation "
selon le terme employé à l’époque). Nous possédons
tous les baux jusqu’en 1970.
La datation des bois (grâce à
la Dendrochronologie) a permis d’apprendre que la ferme a été
bâtie en 1465, sous le règne de Louis XI. C'est la plus ancienne
de toutes celles exposées dans le département de l’Ain. Vouée
à la démolition, elle a été entièrement démontée
et remontée sur ce site, en 1983, en étant toutefois rehaussée
de 40 cm.
Une particularité des maisons
bressanes était qu'elles pouvaient se déplacer d'un village à
un autre. Elles se démontaient et se remontaient. Des documents retrouvés dans les archives nous apprennent
que plus de cent fermes ont été ainsi déplacées.
La plus longue distance a été de 32 km et le transport s'est
fait à l'aide de bœufs.
Les bâtiments de ferme bressane
n'avaient pas de fondations. On dit qu'ils sont " levables de dessus
le fond ". Dans le droit de l'époque, les maisons étaient
considérées comme des biens meubles et non pas des immeubles,
et pouvaient être vendues indépendamment de la propriété
du sol.
L’édifice est orienté
Nord-Sud. Il comporte deux pièces : " la maison ",
la seule pièce chauffée, et la " chambre ".
L’étage ne sert jamais de logement, mais à entreposer les grains
après le battage. On pense que ce bâtiment avait été
prévu pour être allongé du côté Sud.
La charpente est en chêne, bois
dominant en Bresse. Les murs reposent sur une grosse pièce appelée
" sole " placée à même le sol et sont
constitués de gros poteaux assemblés avec des tenons et des mortaises,
sur la "sole". Les " entrebois " sont remplis
par du torchis, mélange d'un entrelacs de branches de "bourdaine",
de terre et chaux. Le plancher est en planches de chêne et le sol recouvert
de " carrons " ou briques de terre cuite.
Les matériaux utilisés
pour la construction sont essentiellement ceux fournis par la région :
bois de chêne coupé et séché parfois pendant plusieurs
années, terre utilisée pour fabriquer les briques ou " carrons "
et le torchis.
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Au démontage
de la ferme des Mangettes, on a retrouvé la trace d'une cheminée
sarrasine, qui avait été détruite il y a environ
150 ans. C'est donc une reconstitution de cheminée qui
a été réalisée ici.
L'origine des cheminées
sarrasines en Bresse reste bien mystérieuse. Nous n'avons
pas d'explications sur le pourquoi de ces cheminées " foyer
chauffant au grand large " surmontées d'une mitre.
Tout au plus pouvons-nous dire qu'en langue franco-provençale,
le terme "sarrasin" signifie tout simplement " l'étranger,
l'homme d'une autre civilisation ". Quant au blé
noir, cultivé autrefois en France, il s'appelait aussi " sarrasin ".
On retrouve dans les pays
méditerranéens le même type de cheminée.
Il semble qu'elles sont apparues dans la Bresse vers la fin des
croisades. Mais pourquoi ici, et pas ailleurs ? |
La Ferme de la Claison
Une seconde ferme bressane en pans
de bois, bâtiment d’exploitation construit à La Claison, autre
hameau de St Etienne du Bois, a pu elle aussi être sauvegardée
et est venu rejoindre la Ferme des Mangettes à l’entrée du village.
Son démontage a commencé au printemps 1991 et son transport en
juin 1992. L’inauguration a eu lieu le 29 avril 1994.
De construction plus récente
que la première, les bois ont été datés, par le
même procédé, de 1649. Les recherches nous ont permis de
retrouver les traces de la famille Rodet-Charnay, les propriétaires du
domaine, vivant ici avant 1751. A partir de 1768, les propriétaires n’exploitent
plus eux-mêmes La Claison, mais la donnent en location : les baux
étaient de 3 ans renouvelables pour 6 ans, puis 9 ans.
En 1876, un certain François Caland devient fermier, et la Ferme de la
Claison sera exploitée par les descendants de la famille Calland, jusqu'à
son transfert pour une nouvelle vie.
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Si le démontage
de la Ferme des Mangettes a été réalisé
pièce par pièce, celui de la Ferme de la Claison s’est
fait par murs entiers qu’il a fallu ensuite transporter à
travers les chemins de la campagne, jusqu'à son nouvel emplacement.
Toutes les caractéristiques
de la construction d’une ferme bressane typique se retrouvent ici :
la charpente, les poteaux, les fermes ... sont en chêne.
Cet ensemble repose sur une grosse pièce de bois appelée
" sole ", posée sur un mur grossier de
pierres à même le sol, sans fondation. |
Les murs sont
constitués de poteaux assemblés à tenons et
mortaises sur la sole, qui montent jusqu’aux fermes de charpente
qu’ils supportent. Les poteaux sont à leur tour assemblés
entre eux avec des entretoises horizontales et des écharpes.
Les entrebois sont obturés par du torchis, entrelacs de branchettes
de bourdaine sur lequel est projeté un mélange de
terre grasse et de chaux, servant d’enduit. |
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Les fermes de la charpente forment
l’ossature de la toiture recouverte de tuiles creuses. Il faut lever le nez
pour admirer les chevrons placés en étoile, jusqu'à la
poutre principale.
Un travail minutieux a été
réalisé : recherche des marques de charpentier, repérage
photographique .... Le bâtiment ayant été construit
en commençant par le pignon nord, les opérations de démontage
ont été conduites en partant du sud vers le nord. Au moment de
la reconstruction, il a fallu respecter scrupuleusement jusqu’aux défauts,
déformation, faux aplombs sous peine de ne pouvoir mener à bien
l’assemblage général " à l’identique ".
Ces deux bâtiments ont trouvé,
grâce à l’Association " Maison de Pays en Bresse ",
une nouvelle vie. Devenus des Maisons du Patrimoine bressan, ils sont une vitrine
de la vie d’autrefois en Bresse, avec de nombreuses expositions.
La Carronnière
Le dernier chantier réalisé
sur le site de la Maison de Pays en Bresse a permis la sauvegarde d'un nouveau type de bâtiment du patrimoine bressan :
une tuilerie.
Autrefois, en Bresse, toutes les maisons
étaient construites en pans de bois de chêne, et les murs garnis
avec des briques champêtres appelées " carrons ".
Les toits étaient recouverts de tuiles romaines. Ces différents
matériaux utilisés étaient fabriqués dans des briquetteries-tuileries
appelées " carronnières ". Elles se présentent
toutes de la même façon : un bâtiment assez bas, d'orientation
Est-Ouest, dont
les murs sont remplacés par des piliers de bois soutenant le toit. A
l’une des extrémités, un four permettait la cuisson des briques.
L'association
s'est portée acquéreur de la dernière de ce
genre existant encore en Bresse, située dans un hameau d'une
commune voisine. Les travaux
de démontage et de remontage ont débuté dans
le courant du mois de novembre 2000 et se sont terminés en
fin d’année 2002. Ils sont l’œuvre d’une équipe de la Sauvegarde
de l’Enfance, aidée par des bénévoles de notre
Association.
Cette carronnière, grâce
à une surface couverte très importante, nous procure
un abri agréable pour l'organisation de nos différentes
manifestations.
Pour compléter la construction, l'Association
a ajouté un bassin de broyage et un four à tuiles et à carrons. |
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Autres bâtiments
La reconstitution du cadre d’une ferme
bressane typique ne serait pas complète sans un four, car autrefois,
chaque habitation avait son "bâtiment de four" toujours construit
à l'écart du bâtiment principal, à l'est ou à
l'ouest de celui-ci. La raison de cet éloignement était double
: d'une part, il fallait éviter les risques d'incendie, et d'autre part,
le bâtiment comportait aussi les loges à cochon, d'où le
risque d'odeurs. Et c’est ainsi qu’a pris naissance ce nouvel
élément, venu s’ajouter en 1995.
Puis un dernier bâtiment a été
construit en 1996, un peu en retrait à la lisière d’un bois :
il porte le nom de Montaplan. De dimension imposante avec ses 30 m de long,
10 m de large et près de 8 m à la poutre faîtière,
il a une ossature de bois ronds simplement écorcés, assemblés
par des plaques en acier et des clous. Son originalité réside
donc dans sa construction " BBR " c’est-à-dire Bâtiment
Bois Ronds : ce type d’architecture est d’origine alsacienne. Et il s’intègre
très bien au paysage du site.
 Puits
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Quelques mots
sur le puits. Placé un peu en retrait, devant la Ferme des
Mangettes, il nous rappelle que de tout temps, l'approvisionnement
en eau a été une des grandes préoccupations
des populations. Heureusement, la Bresse, par la composition de
son sous-sol, ne manquait pas de nappes phréatiques, la plupart
peu profondes. Ceci explique que l'habitat y était dispersé
et que chaque ferme possédait son puits. |
Le mobilier
Jusqu'au XVIIIème siècle,
le mobilier était des plus rudimentaires et assez rustique. Les maisons
ne comportaient à l’époque que deux pièces : la " maison "
servant à la fois de cuisine et de salle à manger, et la chambre
proprement dite.
Le meuble
bressan le plus original était sans aucun doute l'archebanc.
Il se trouvait dans la " maison " adossé
au mur de refend : banc long et large, avec un dossier très
haut, il était aussi appelé " banc des anciens ".
C’était le banc des officialités, où étaient
établis les actes officiels, les ventes, les contrats de
mariage et autres actes importants de la vie familiale. Seules les
personnes âgées, et ceux qu’elles y invitaient, avaient
le droit de s’y asseoir. Ainsi, le jeune homme qui était
autorisé à prendre place sur l’archebanc pouvait faire
sa cour à la fille de la maison : c’était le
signe qu’il avait l’assentiment de la famille. |
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Les actes passés sur l’archebanc
avaient force de loi à cette époque où très peu
de gens savaient lire ou même signer leur nom. Par exemple, pour réaliser
une vente, les différentes personnes se tapaient simplement dans le creux
de la main. Personne ne revenait jamais sur une parole donnée sur l’archebanc !
Ne dit-on pas que ceux qui s’asseyent sur l’archebanc doivent dire la vérité,
et rien que la vérité.
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Devant l’archebanc,
le foyer de la cheminée sarrasine sert tout à la fois
de moyen de chauffage et pour la cuisson des aliments. En face,
sous la grosse poutre de la cheminée sarrasine, se trouvait
la table en chêne massif. Les habitants y prenaient leurs
repas, assis sur des bancs, des chaises ou des tabourets. Le reste
du mobilier était composé d’un pétrin, une
horloge, parfois un vaisselier.
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Dans la deuxième pièce,
la chambre, étaient réunis des lits à baldaquin avec leurs
grands rideaux permettant de s’isoler et de se protéger du froid. Un
ou deux coffres à linge, parfois une armoire chez les plus fortunés,
une table, un rouet sur lequel les grand-mères filaient le chanvre cultivé
à la ferme, quelques chaises ... voilà tout ce qui constituait
le mobilier.
Mais ce mobilier simple était
celui des petites gens. Les artisans bressans fabriquaient déjà
des meubles de bonne réputation, de grande valeur. Les armoires et vaisseliers
bressans étaient très recherchés. La valeur du mobilier
bressan provient tout autant des motifs de décoration que des bois employés :
montants en chêne ou en frêne, panneaux en loupe de frêne,
de chêne ou d’orme, mais aussi de merisier ou de noyer.
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