A retenir

Le site comporte plusieurs bâtiments :

  • La Ferme des Mangettes, datée de 1465
  • La Ferme de la Claison, datée de 1649
  • Le four
  • La Carronnière ou tuilerie
  • Le bâtiment de Montaplan
Les différents batiments ont été transformés en salles d'exposition.

La Ferme des Mangettes

Maison des Mangettes
Ferme des Mangettes

La première construction est une belle ferme bressane appelée Ferme des Mangettes, du nom d'un hameau du village dans lequel elle était située. Bâtiment d'habitation, elle appartenait au domaine agricole de Teyssonge, constitué par divers achats des Hospices de Bourg-en-Bresse et qui comprenait au début du 18ème siècle une ferme et des terrains. Le propriétaire en était le "laboureur" Philibert Terrier jusqu'à sa mort en 1715. Le premier document en notre possession remonte au 5 septembre 1715, date de la vente aux enchères dudit Domaine (une "subhastation" selon le terme employé à l'époque). Nous possédons tous les baux jusqu'en 1970.

La datation des bois (grâce à la Dendrochronologie) a permis d'apprendre que la ferme a été bâtie en 1465, sous le règne de Louis XI. C'est l'une des plus anciennes du département de l'Ain. Vouée à la démolition, elle a été entièrement démontée et remontée sur ce site, en 1983, en étant toutefois rehaussée de 40cm.

Une particularité des maisons bressanes était qu'elles pouvaient se déplacer d'un village à un autre. Elles se démontaient et se remontaient. Des documents retrouvés dans les archives nous apprennent que plus de cent fermes ont été ainsi déplacées. La plus longue distance a été de 32km et le transport s'est fait à l'aide de boeufs.

Les bâtiments de ferme bressane n'avaient pas de fondations. On dit qu'ils sont "levables de dessus le fond". Dans le droit de l'époque, les maisons étaient considérées comme des biens meubles et non pas des immeubles, et pouvaient être vendues indépendamment de la propriété du sol.

L'édifice est orienté nord-sud. Il comporte deux pièces : "la maison", la seule pièce chauffée, et la "chambre". L'étage ne sert jamais de logement, mais à entreposer les grains après le battage. On pense que ce bâtiment avait été prévu pour être allongé du côté Sud.

La charpente est en chêne, bois dominant en Bresse. Les murs reposent sur une grosse pièce appelée "sole" placée à même le sol et sont constitués de gros poteaux assemblés avec des tenons et des mortaises, sur la "sole". Les "entrebois" sont remplis par du torchis, mélange d'un entrelacs de branches de "bourdaine", de terre et chaux. Le plancher est en planches de chêne et le sol recouvert de "carrons" ou briques de terre cuite.

Les matériaux utilisés pour la construction sont essentiellement ceux fournis par la région : bois de chêne coupé et séché parfois pendant plusieurs années, terre utilisée pour fabriquer les briques ou "carrons" et le torchis.

Cheminée sarrasine
Cheminée sarrasine

Au démontage de la ferme des Mangettes, on a retrouvé la trace d'une cheminée sarrasine, qui avait été détruite il y a environ 150ans. C'est donc une reconstitution de cheminée qui a été réalisée ici.

L'origine des cheminées sarrasines en Bresse reste bien mystérieuse. Nous n'avons pas d'explications sur le pourquoi de ces cheminées "foyer chauffant au grand large" surmontées d'une mitre. Tout au plus pouvons-nous dire qu'en langue francoprovençale, le terme "sarrasin" signifie tout simplement "l'étranger, l'homme d'une autre civilisation". Quant au blé noir, cultivé autrefois en France, il s'appelait aussi "sarrasin".

On retrouve dans les pays méditerranéens le même type de cheminée. Il semble qu'elles sont apparues dans la Bresse vers la fin des croisades. Mais pourquoi ici, et pas ailleurs ?

La Ferme de la Claison

Ferme de la Claison
Ferme de la Claison

Une seconde ferme bressane en pans de bois, bâtiment d'exploitation construit à La Claison, un autre hameau du village de St Etienne du Bois, est venu rejoindre la Ferme des Mangettes. Son démontage a commencé au printemps 1991 et son transport en juin 1992. L'inauguration a eu lieu le 29 avril 1994.

De construction plus récente que la première, les bois ont été datés de 1649. Les recherches nous ont permis de retrouver les traces de la famille Rodet-Charnay, les propriétaires du domaine, vivant ici avant 1751. A partir de 1768, les propriétaires n'exploitent plus eux-mêmes La Claison, mais la donnent en location : les baux étaient de 3 ans renouvelables pour 6 ans, puis 9 ans. En 1876, François Caland devient fermier, et la Ferme de la Claison sera exploitée par ses descendants, jusqu'à son transfert sur le site.

Démontage de la ferme
Démontage de la ferme

Si le démontage de la Ferme des Mangettes a été réalisé pièce par pièce, celui de la Ferme de la Claison s'est fait par murs entiers qu'il a fallu ensuite transporter à travers les chemins de la campagne, jusqu'à son nouvel emplacement.

Toutes les caractéristiques de la construction d'une ferme bressane typique se retrouvent ici : la charpente, les poteaux, les fermes ... sont en chêne. Cet ensemble repose sur la "sole", posée sur un mur grossier de pierres, sans fondation.

Les murs sont constitués de poteaux assemblés à tenons et mortaises sur la sole, qui montent jusqu'aux fermes de charpente qu'ils supportent. Les poteaux sont à leur tour assemblés entre eux avec des entretoises horizontales et des écharpes. Les entrebois sont obturés par du torchis, entrelacs de branchettes de bourdaine sur lequel est projeté un mélange de terre grasse et de chaux, servant d'enduit.

Détail d'un mur
Détail d'un mur

Les fermes de la charpente forment l'ossature de la toiture recouverte de tuiles creuses. Il faut lever le nez pour admirer les chevrons placés en étoile, jusqu'à la poutre principale.

Un travail minutieux a été réalisé : recherche des marques de charpentier, repérage photographique .... Le bâtiment ayant été construit en commençant par le pignon nord, les opérations de démontage ont été conduites en partant du sud vers le nord. Au moment de la reconstruction, il a fallu respecter scrupuleusement jusqu'aux défauts, déformation, faux aplombs sous peine de ne pouvoir mener à bien l'assemblage général "à l'identique".

Ces deux bâtiments ont trouvé, grâce à l'Association "Maison de Pays en Bresse", une nouvelle vie. Devenus des Maisons du Patrimoine bressan, ils sont une vitrine de la vie d'autrefois en Bresse, avec de nombreuses expositions.

La Carronnière

Un autre chantier réalisé sur le site de la Maison de Pays en Bresse a permis la sauvegarde d'un nouveau type de bâtiment du patrimoine bressan : une tuilerie.

Autrefois, en Bresse, toutes les maisons étaient construites en pans de bois de chêne, et les murs garnis avec des briques champêtres appelées "carrons". Les toits étaient recouverts de tuiles romaines. Ces différents matériaux utilisés étaient fabriqués dans des briquetteries-tuileries appelées "carronnières". Elles se présentent toutes de la même façon : un bâtiment assez bas, d'orientation Est-Ouest, dont les murs sont remplacés par des piliers de bois soutenant le toit. A l'une des extrémités, un four permettait la cuisson des briques.

La carronnière
La carronnière

L'association s'est portée acquéreur de la dernière de ce genre existant encore en Bresse, située dans un hameau d'une commune voisine. Les travaux de démontage et de remontage ont débuté dans le courant du mois de novembre 2000 et se sont terminés en fin d'année 2002. Ils sont l'oeuvre d'une équipe de la Sauvegarde de l'Enfance, aidée par des bénévoles de notre Association.

Cette carronnière, grâce à une surface couverte très importante, nous procure un abri agréable pour l'organisation de nos différentes manifestations.

Pour compléter l'ensemble, l'Association construit un bassin de broyage et un four à tuiles et à carrons. Contre le mur est venu s'ajouter une exposition de nombreuses tuiles originales : toutes portent des inscriptions tracées au moment de leur fabrication, qui en font autant de témoins de cette époque, avec les noms de ceux qui les ont réalisées, des dates, des lieux et des anecdotes.

Autres bâtiments

Four
Four

La reconstitution du cadre d'une ferme bressane typique ne serait pas complète sans un four, car autrefois, chaque habitation avait son "bâtiment de four" toujours construit à l'écart du bâtiment principal, à l'est ou à l'ouest de celui-ci. La raison de cet éloignement était double : d'une part, il fallait éviter les risques d'incendie, et d'autre part, le bâtiment comportait aussi les loges à cochon, d'où le risque d'odeurs. Et c'est ainsi qu'a pris naissance ce nouvel élément, venu s'ajouter en 1995.

Le puits
Le puits

Un dernier bâtiment a été construit en 1996, un peu en retrait à la lisière d'un bois : il porte le nom de Montaplan. De dimension imposante avec ses 30m de long, 10m de large et près de 8m à la poutre faîtière, il a une ossature de bois ronds simplement écorcés, assemblés par des plaques en acier et des clous. Son originalité réside donc dans sa construction "BBR" c'est-à-dire Bâtiment Bois Ronds : ce type d'architecture est d'origine alsacienne. Et il s'intègre très bien au paysage du site.

Quelques mots sur le puits. Placé un peu en retrait, devant la Ferme des Mangettes, il nous rappelle que de tout temps, l'approvisionnement en eau a été une des grandes préoccupations des populations. Heureusement, la Bresse, par la composition de son sous-sol, ne manquait pas de nappes phréatiques, la plupart peu profondes. Ceci explique que l'habitat y était dispersé et que chaque ferme possédait son puits.

Le mobilier

Jusqu'au XVIIIème siècle, le mobilier était des plus rudimentaires et assez rustique. Les maisons ne comportaient à l'époque que deux pièces : la "maison" servant à la fois de cuisine et de salle à manger, et la chambre proprement dite.

Le meuble bressan le plus original était sans aucun doute l'archebanc. Il se trouvait dans la "maison" adossé au mur de refend : banc long et large, avec un dossier très haut, il était aussi appelé "banc des anciens". C'était le banc des officialités, où étaient établis les actes officiels, les ventes, les contrats de mariage et autres actes importants de la vie familiale. Seules les personnes âgées, et ceux qu'elles y invitaient, avaient le droit de s'y asseoir. Ainsi, le jeune homme qui était autorisé à prendre place sur l'archebanc pouvait faire sa cour à la fille de la maison : c'était le signe qu'il avait l'assentiment de la famille.

Archebanc
Archebanc

Les actes passés sur l'archebanc avaient force de loi à cette époque où très peu de gens savaient lire ou même signer leur nom. Par exemple, pour réaliser une vente, les différentes personnes se tapaient simplement dans le creux de la main. Personne ne revenait jamais sur une parole donnée sur l'archebanc ! Ne dit-on pas que ceux qui s'asseyent sur l'archebanc doivent dire la vérité, et rien que la vérité.

Le foyer
Le foyer

Devant l'archebanc, le foyer de la cheminée sarrasine sert tout à la fois de moyen de chauffage et pour la cuisson des aliments. En face, sous la grosse poutre de la cheminée sarrasine, se trouvait la table en chêne massif. Les habitants y prenaient leurs repas, assis sur des bancs, des chaises ou des tabourets. Le reste du mobilier était composé d'un pétrin, une horloge, parfois un vaisselier.

Dans la deuxième pièce, la chambre, étaient réunis des lits à baldaquin avec leurs grands rideaux permettant de s'isoler et de se protéger du froid. Un ou deux coffres à linge, parfois une armoire chez les plus fortunés, une table, un rouet sur lequel les grand-mères filaient le chanvre cultivé à la ferme, quelques chaises ... voilà tout ce qui constituait le mobilier.

Mais ce mobilier simple était celui des petites gens. Les artisans bressans fabriquaient déjà des meubles de bonne réputation, de grande valeur. Les armoires et vaisseliers bressans étaient très recherchés. La valeur du mobilier bressan provient tout autant des motifs de décoration que des bois employés : montants en chêne ou en frêne, panneaux en loupe de frêne, de chêne ou d'orme, mais aussi de merisier ou de noyer.

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