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Son origine
Originaire d'Asie Centrale, le chanvre,
du nom latin "Cannabis Sativa", est une plante textile herbacée
et annuelle de la famille des Cannabinacées, utilisée depuis plus
de 6000 ans. Elle est dioïque : la fleur mâle et la fleur femelle
poussent sur des pieds distincts. La plante mâle, plus forte, se termine
par une touffe de petites fleurs fournissant le pollen. La graine ou chènevis
est le résultat de la fécondation de la fleur femelle : elle est
très appréciée des oiseaux, et sert d'appât pour
la pêche. Les plants peuvent s'élever à une hauteur parfois
supérieure à celle d'un homme et leurs tiges filandreuses très
résistantes ont de multiples utilisations.
Attention, une variété
de "Cannabis" appelée "chanvre indien" est malheureusement
trop célèbre : on en extrait le "haschich". La tige
elle-même sécrète une substance toxique qui en interdit
le trempage dans les eaux destinées à la consommation humaine
ou animale.
En France, au cours des siècles,
le chanvre essentiellement de culture familiale a été une matière
première très importante, grâce à sa résistance.
Mais petit à petit, avec l'arrivée de nouvelles fibres synthétiques
ou en provenance d'outre-mer sur le marché, et souffrant de la disparition
de la marine à voile, il tend à disparaître. Même
les subventions octroyées au début du XXème siècle
pour sa culture ne suffirent pas à en augmenter la production. A l'heure
actuelle, il est surtout produit en Chine, en Inde et dans les pays de l'Est.
Ses utilisations sont variées : toile, papeterie fine pour la filasse,
panneaux agglomérés du bâtiment pour les chènevottes.
En Bresse, tous les paysans produisaient
du chanvre, mais uniquement pour leurs besoins domestiques, et non pas pour
la vente.
Culture et récolte
Le chanvre est cultivé toujours
sur les mêmes parcelles désignées sous le nom de "chènevière"
choisies pour leur sol fertile, parfois à proximité d'un ruisseau
ou d'un bief. C'est une plante qui craint la gelée, aussi les semailles
n'avaient jamais lieu avant fin avril, début mai. Ensuite, aucun entretien
particulier n'est nécessaire. Il est récolté à la
fin de l'été pour les plants mâles (lorsque les pieds commencent
à blanchir et la tête à jaunir) et en octobre, à
la maturité des graines, pour les plants femelles.
Les plantes arrachées sont réunies
par poignées couchées sur le sol, puis en petites
bottes ou "glanes" liées avec une brindille de chanvre. Elles
sont ensuite campées sur le sol, jusqu'à ce qu'elles soient bien
sèches, grâce au soleil et au vent. Les femmes secouent alors les
gerbes au-dessus de vieux draps pour récupérer les graines de
chènevis.
Vient enfin
le travail de transformation du chanvre. La première opération
consiste en le "rouissage" pour détruire la matière
gommeuse qui unit les fibres de la plante entre elles. Pour cela,
le chanvre est mis à "rouir", c'est-à-dire
à tremper durant plusieurs semaines, généralement
dans des "routoirs", fosses creusées et remplies
par infiltration d'eau. Les plants femelles peuvent être simplement
étalés à plat dans la rosée ou debout
contre une haie. Les tiges sont ensuite séchées et
liées en petits fagots, rentrés sous un hangar ou
dans un grenier où ils finissent de perdre leur humidité.
Chaque fagot représente habituellement la quantité
de chanvre que peut "teiller" un adulte au cours d'une
veillée.
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L'opération
suivante est le "teillage" ou "blayage" qui
consiste à broyer les plants pour séparer l'écorce
de la tige. Il s'effectue à l'aide d'un "teilloir"
en bois ou "broie", levier installé sur un chevalet
qu'on soulève et qu'on abaisse avec la main pour écraser
les tiges. Le "teillage" à la main, procédé
le plus employé en Bresse, consiste à casser la tige
en la faisant glisser entre ses doigts, tout en retenant la fibre
avec le majeur. Les fibres ainsi détachées ou "filasse"
sont nouées en paquets appelés "tourchons"
qui à leur tour réunis par trois et tressés,
forment des "moissets". Il reste les "chènevottes",
résidus ligneux servant à de nombreux usages tels
qu'allumer le feu, après avoir été enduits
de soufre à une extrémité. |
Le "teillage" du chanvre était une des occupations réservées
aux longues veillées de décembre, car ne nécessitant pas
un éclairage important : durant ces moments agréables de la vie
sociale d'autrefois, où les voisins se rendaient en famille les uns chez
les autres pour "passer un moment", on ne restait jamais inactif.
Ce travail était réservé aux hommes, tandis que les femmes
filaient.
La filasse ainsi obtenue est rugueuse
et elle doit subir une opération pour l'assouplir, au moyen du "battoir"
ou du "fer à espader". Le "battoir" est un moulin
à eau : un cylindre de pierre tourne sur un plateau de bois de chêne
sur lequel on a placé les "moissets", les écrasant à
chaque passage, jusqu'à ce que la filasse soit suffisamment adoucie.
Le "fer à espader" ou à "affiner" est un morceau
de fer plat d'une cinquantaine de centimètres de long, pour une dizaine
de large, fixé verticalement à un poteau : l'affinage du chanvre
se pratique en frottant la tresse de chanvre contre le tranchant.
Le "peignage"
permet de dissocier les fibres longues, fines et solides. Il est
fréquemment exécuté par des peigneurs de chanvre
itinérants venant généralement des montagnes
du Bugey, à partir d'octobre. Robustes, ils s'installaient
sous un hangar avec leurs outils, chacun possédant son jeu
de peignes enfermé dans une caissette, travaillant sans relâche
du lever du jour jusqu'à la veillée. |
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La transformation : des fils à la toile
La filasse regroupe deux sortes de
fibres à filer. L'"étoupe" constituée de chanvre
grossier, aux tiges plus courtes, sert à l'exécution des cordes.
La "rite" regroupe des fibres plus fines, souples et blondes qui sont
fixées en spirale autour d'un bâton à l'aide d'un ruban
de couleur : c'est la "quenouille" dont l'utilisation remonte à
l'Antiquité. Le fil subit un mouvement de torsion et s'embobine autour
du "fuseau", petite bobine de bois terminée en pointe à
chaque extrémité. Cette technique ancienne permet aux femmes de
filer tout en restant mobiles : ce travail pouvait se faire en gardant les vaches
aux champs. La fileuse tient sa quenouille du côté gauche, la pointe
prise dans la ceinture de son tablier. De la main droite, elle tire et tord
la filasse qui, une fois transformée en fil, s'enroule autour du fuseau
grâce à un mouvement de rotation.
Le rouet ou
"filette" est apparu en Europe à partir du XVème
siècle et en Bresse seulement vers la fin du XVIIIème.
Il ne diffère pas des rouets en usage dans les autres contrées
de France. Le fuseau est actionné par une roue entraînée
par une pédale : la fileuse a ainsi les mains libres. Elle
tire une pincée de filasse qu'elle mouille rapidement de
sa salive avec son index gauche, l'allonge, la tord et le fil formé
s'enroule directement sur la bobine.
Lorsque la bobine ou le
fuseau sont complètement chargés de fil, les femmes
les dévident et forment des "écheveaux"
à l'aide d'un "dévidoir" monté sur
un pied, comprenant des chevilles circulaires. L'écheveau
est ensuite porté chez le tisserand pour le tissage. Le chanvre
filé est vendu au poids ou échangé contre de
la toile qui servira à confectionner les chemises, les draps,
enveloppes de paillasse, les nappes et autres éléments
du trousseau. |
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Dernière étape : du tissage aux vêtements
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Les tisserands
furent longtemps des personnages très importants dans la
ville de Bourg-en-Bresse et dans la région puisque leur industrie
représentait, avec la tannerie, l'une des principales richesses.
Dans chaque village, il pouvait y avoir plusieurs tisserands, suivant
l'importance de la localité. Leur atelier était souvent
une pièce en dessous des autres, fraîche et parfois
humide.
Les tisserands réalisaient
des toiles de différentes catégories : celle qui servait
à confectionner les vêtements d'homme, les essuie-mains,
les sacs avec le fil grossier retiré des "étoupes"
et qu'on appelait "la bourrâ" ; le tissu réservé
aux vêtements d'hiver, car fait d'un mélange de chanvre
et de laine. Celui qui provenait du tissage du chanvre et du coton,
plus léger, pour les vêtements d'été.
Mais en plaine de la Bresse, on ne tissait que du chanvre pur, soit
en "bourrâ", soit en toile fine. |
Le blanchiment de la toile se pratiquait
de façon très sommaire dans les campagnes : on étendait
la pièce de toile sur l'herbe d'un pré, le matin à la rosée,
puis on l'arrosait de temps en temps avec de l'eau : la teinte bistre d'origine
s'atténuait légèrement sous l'effet de la réaction
de l'oxygène de l'air, de la lumière et de l'eau, mais ne disparaissait
pas complètement. Pour obtenir une teinte plus claire, il fallait avoir
recours à la blanchisserie. Il semble que le procédé utilisé
consistait à déposer des cendres de bois sur la toile à
blanchir et à faire couler dessus de l'eau bouillante. C'était
d'ailleurs ainsi que procédaient les ménagères pour faire
leur lessive.
Jusqu'à la fin du XVIIème
siècle, les habitants des campagnes teignaient eux-mêmes leur toile
en noir, avec de l'écorce de chêne. Plus tard, les toiles étaient
trempées dans une couleur bleu indigo, dans les teintureries, dont le
centre le plus important de la région était Bourg-en-Bresse. Mais
uniquement pour la "bourrâ", car la toile fine pouvait être
imprimée de dessins blancs (généralement des fleurs) sur
un fond bleu, grâce à un procédé utilisant des dessins
en relief sur une planche de bois, puis ensuite passait entre les mains des
couturières du village qui la transformait en robes, corsages ou robes-tabliers
à l'usage des enfants.
Pour plus de renseignements, vous pouvez
vous procurer le livre "Le chanvre autrefois en Bresse plante providence"
en vente à la Boutique de la Maison de Pays en Bresse.
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